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Culte dans le Gers

28 juillet 2024

 

Marc 6/6b-13 et 30-44

 

« Venez à l’écart, dit Jésus, et reposez-vous un peu ».

Qui ne serait réceptif à une telle invitation au repos en ce temps de vacances estivales et de fièvre olympique ? Qui n’aspirerait à cet apaisement face aux turbulences et interrogations citoyennes de notre pays, depuis plusieurs semaines ? Qui ne désirerait se mettre un peu à l’écart, quand nous assaillent les nouvelles dramatiques de toute la terre, ressassées et amplifiées en boucle par les médias ? Qui n’accueillerait cet appel à souffler un peu, tant nos vies sont essoufflées, encombrées par les soucis quotidiens et parfois épuisées par les travaux et les engagements.… à l’image ici des disciples revenant de mission, sans doute fourbus, tant ils se sont montrés performants ! Ils ont chassé les démons, guéri les malades, suscité des conversions.

Ils sont fiers de rapporter à leur Maître, dit le texte, « tout ce qu’ils ont fait ». Sans doute, mesurent-ils, comme nous, leur fidélité aux critères de ce monde, ceux du résultat et de la réussite. Nous connaissons bien cette obsession du « faire » qui envahit notre existence jusqu’à l’épuisement. Faire, faire, toujours faire… Sauf que, pour Jésus, visiblement, « ça ne le fait pas », comme on dit aujourd’hui !

En effet, interrompant l’activisme missionnaire de ses disciples, il leur propose de « venir à l’écart » et de « se reposer un peu ». Et pour cela il va les « mener en bateau » ! Au propre et au figuré. Car, on le verra, leur escapade en barque ne va pas être de tout repos ! Non seulement ils ne vont pas parvenir à se reposer, mais Jésus va, de surcroît, les conduire à une sérieuse remise en question de la compréhension qu’ils ont de leur mission.

Alors, puisque notre Église réfléchit aussi, en ce moment, à sa mission aujourd’hui, y compris dans le Gers, je vous invite à nous laisser « embarquer », à notre tour, par Jésus, solidaires de ces disciples déconcertés et de ces foules désorientées qui, les uns et les autres, nous ressemblent étrangement.

 

1

 

Et d’abord, regardons cette foule qui ne lâche pas Jésus, ni les siens, ne leur laissant aucun répit et les privant de tout repos. Ne nous arrive-t-il pas, à nous également, d’être débordés de la sorte ? Et même parfois excédés, par toutes ces sollicitations qui nous envahissent et nous dérangent, réclament de nous, une disponibilité infinie ? Ici, précise le texte, « Beaucoup de gens, vont, viennent, accourent et repartent » vers Jésus et ses disciples, au point qu’ils « n’avaient pas même le temps de manger ».

Autant de mouvements désordonnés qui traduisent déjà l’incertitude et l’ambiguïté de leurs quêtes. Ils sont perdus, déboussolés, à la recherche d’une Parole pour orienter leur vie. Aussi veulent-ils écouter encore et encore ce Jésus qui a fait monter en eux une folle espérance.

Alors devant « ces brebis qui n’ont pas de berger », il est dit que le Christ, est « ému de compassion », littéralement, « pris aux entrailles » par le désarroi de ces gens. Ainsi, avant de dire et faire quoi que ce soit, Jésus commence par entendre et accueillir leur détresse. Et par là, il rappelle à ses disciples, grisés par leurs premiers succès missionnaires, que leur priorité n’est pas d’abord de « faire », fut-ce avec efficacité, ni non plus de parler. Mais c’est avant tout d’écouter, de se laisser toucher et même déranger par les souffrances et les attentes de ce monde.

C’est seulement de cette manière que l’Évangile pourra rejoindre et prendre en charge toutes les faims des hommes : misère matérielle, soif spirituelle, besoin de reconnaissance, recherche de sens et d’espérance… Toutes ces souffrances qui plongent parfois les foules dans le ressentiment et la colère jusqu’à la violence.

Jésus n’ignore pas la dangereuse versatilité de cette foule, qui ce jour-là l’écrase de son admiration et qui demain l’accablera de son opprobre et de son mépris. En effet, la suite de l’évangile, comme d’ailleurs l’histoire et l’actualité, nous rappellent que les foules « sans bergers », les peuples en souffrance, finissent parfois par s’en remettre à de mauvais bergers. Mauvais bergers religieux ou mauvais bergers politiques, qui n’ont d’autres visée que de nous faire marcher au pas. Au pas de leur loi.

Ce n’est pas un hasard si, juste entre l’envoi en mission des disciples et l’épisode de la multiplication des pains, l’évangéliste a inséré le récit d’un autre repas. Le banquet funeste au cours duquel Hérode ordonne et met en scène la décapitation de Jean-Baptiste. Et nous qui pensions que ces horreurs terrifiantes avaient disparu ! Hérode est ici la figure de ces mauvais bergers et des forces du mal qui les animent jusqu’à la barbarie. Les militants de l’ACAT le savent bien.

C’est pourquoi Jésus appelle ses disciples, et nous appelle, à être, comme lui, toujours attentifs aux souffrances et aux peurs des « foules sans berger ». A être d’abord une Église de l’écoute. Tel est le premier enseignement de ce texte.

Avant d’être une communauté qui parle et qui agit et qui s’agite parfois, il importe d’écouter les inquiétudes, les craintes, les colères des femmes et des hommes de ce temps, afin qu’elles ne fassent pas, qu’elles ne fassent jamais, le lit des populismes et extrémismes de tous bords. Notre mission est donc d’écouter leur détresse et leur attente d’espérance. Ce sont aussi les nôtres. Et pour cela accueillir chacun tel qu’il est, sans jugement ni culpabilisation, simplement parce qu’il est, lui aussi, comme nous, au bénéfice de la compassion du Christ.

 

2

 

Toutefois, cette compassion ne se limite pas à écouter. Jésus va aussi parler et agir, afin de répondre concrètement au désarroi de la foule. Les disciples ont d’ailleurs déjà commencé. En effet, voyant que Jésus n’en finit plus de prêcher, ils redoutent que la foule tombe d’inanition ! Alors, toujours désireux de « bien faire », ils suggèrent à leur Maître de « renvoyer » les foules, afin qu’elles aillent chercher de quoi manger.

Mais Jésus leur répond : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ».

Cet ordre du Christ est, pour le moins surprenant, quand on sait qu’il s’adresse à des hommes fatigués, à qui il a proposé de se « reposer ». Du coup, les disciples semblent déconcertés, avec même une pointe d’irritation, voire d’insolence, quand ils questionnent Jésus de manière faussement naïve : « Nous faut-il aller acheter pour deux cents deniers d’argent ? ».

Car, au fond, ils sont réalistes ces disciples, ils ont les pieds sur terre, on les comprend quand ils s’interrogent sur le coût de cette opération en énergie et en argent. Nourrir une foule aussi nombreuse coûterait « 200 deniers », et décidément cela ne rentre pas dans le budget de la communauté ! Cela ne rentre pas dans le budget de la paroisse ! De surcroît, ils pensent peut-être déjà, ce que certains nous rappellent régulièrement, que l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde et que les pauvres ne doivent pas devenir des assistés ! Et puis, après tout, la diaconie, l’entraide, les services sociaux, les organisations humanitaires ne sont-ils pas là pour régler ces questions d’intendance et ces situations d’indigence ? Les disciples veulent bien nourrir les gens de « bonnes paroles », mais pour le reste qu’ils se prennent en main. On comprend alors pourquoi Jésus bouscule le réalisme des disciples quand il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Mais les disciples rechignent, et moi aussi je rechigne, et tous nous rechignons, quand Jésus nous dit « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Au point qu’il doit revenir à la charge, presque agacé : « combien avez-vous de pains ? Allez voir ! » Il y a, dans cette insistance, une ironie cruelle de Jésus. Car les disciples vont devoir reconnaître non seulement leur égoïsme mais aussi leur désobéissance.

En effet, souvenez-vous, lors de l’envoi en mission, Jésus leur avait bien dit de ne prendre « ni argent, ni sac, ni pain… » Or visiblement les disciples ont quand même emporté et conservé quelques provisions pour la route. ! Un bien maigre casse-croûte il est vrai, un « presque rien », mais qu’ils pensaient garder pour eux ! Sans doute considéraient-ils aussi, toujours réalistes, que c’était, de toutes façons, insuffisant pour nourrir cette foule. « Cinq pains et deux poissons », c’est en effet dérisoire, quand on rêve, comme certains, de toute-puissance évangélique !

C’est pourtant à partir de ce « presque rien » que Jésus va rassasier la foule. Non pas de manière spectaculaire, comme sans doute ses disciples l’auraient attendu, en vue d’impressionner la foule et convertir en masse ! Non, ici, aucune manifestation de toute-puissance, aucun prodige à admirer ! Le Christ prononce simplement « une bénédiction », il « rompt le pain », il met en circulation le « presque rien » apporté par ses apôtres… et la foule est nourrie. Par ces gestes, on ne peut plus ordinaires, le Christ propose aux disciples une autre compréhension de leur mission. Une compréhension bien différente de celle, triomphante, qu’ils avaient conduite et envisagée jusque-là. Ils doivent maintenant comprendre que l’Évangile ne se révèle pas dans la force d’une évidence qui s’impose, mais dans la fragilité d’une vie qui s’expose. Ici commence pour l’Église, 2ème enseignement de ce texte, l’humble mission du « presque rien ». Puisque c’est en effet du manque des disciples, de leur indigence, de leur incompréhension, et même de leur désobéissance, que le Christ va susciter la surabondance.

 

*

C’est pourquoi, nos propres infidélités, nos faiblesses, nos fragilités ne sont ni désespérées, ni désespérantes, si nous les confions au Christ. Car il peut faire de ce qui paraît insignifiant, dérisoire, voué à l’échec, une nourriture pour le monde.

Ainsi, même quand nous sommes insatisfaits de ce que nous « faisons », découragés ou culpabilisés de ce que nous ne faisons pas. Même quand nous sommes fatigués comme les disciples, quand les forces déclinent avec l’âge ou la maladie, et que le champ d’action se rétrécit, même quand nous sommes peu nombreux, même quand on croit n’avoir plus rien à donner, le Christ nous dit qu’il est encore possible de partager le « presque rien » que nous avons encore. Le « presque rien » que nous pensons ne plus avoir et que nous avons pourtant. Le « presque rien » que nous avons et que nous aimerions peut-être garder pour nous.

Sauf que les « foules sans bergers » sont toujours là et elles attendent et elles ont faim de parole et de pain. Alors Jésus nous dit encore ce matin « allez voir » ce que vous avez, même si cela vous paraît peu de chose.

Allons donc voir, amis, frères et sœurs, et cherchons bien au fond de nos poches que nous pensions vides, allons donc voir et cherchons bien au fond des sacs et des ressacs de nos vies. Allons voir, et cherchons bien, le petit mot, le moindre geste, l’humble prière dont notre prochain a tant besoin. Allons voir et herchons bien, Il y a toujours quelque chose à donner et à partager. Juste un « presque rien » peut-être. Mais même un « presque rien », peut nourrir l’espérance, si nous le confions à la grâce de Dieu.

 

Amen

 

Michel Bertrand

 

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